“ Un rêve bleu turquoise ”

Des visages fermés des femmes sans âges, leurs bébés dans le bras… Un tout premier contact à son oeuvre vous surprend. Il vous déstabilise.

Gravant les motifs populaires et la peinture sur des tissus à usage quotidien, ‘yazma’ reprend une tradition folklorique pluri-séculaire anatolienne et l’amène à nos jours sous la signature d’un grand nom, celui de Bedri Rahmi.

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Découverte d’une vieille tradition

“J’ai trouvé quelques une des couleurs pures chez les vendeurs de yazma d’Istanbul. J’étais tellement content que pendant des jours et des jours, je me suis plongé dans ces couleurs. Elles ont envahi non seulement mes mains, mon visage mais aussi la profondeur de mon cœur. Elles étaient là dans ma vie quotidienne, dans la langue que je parlais.” ainsi définissait-il sa découverte et son lien intime avec cet artisanat qui était quasiment disparu à l’époque.

Formé dans des ateliers les plus connus de son temps à Istanbul et à Paris, son ambition a tourné vers les techniques authentiques de son pays. Il est allé les chercher, les découvrir auprès des derniers maitres arméniens. Son premier motif gravé ‘Ayşe Gelin’ voyait ainsi le jour.

Figure symbole de l’intelligentsia turc, son nom s’attache notamment à ceux de tant d’autres, comme son frère Sabahattin Eyüboğlu, Azra Erhat, ou Cevat Şakir, connu sous le nom de ‘Pêcheur d’Halicarnasse’. Sa passion pour les ‘yazma’s sort d’un simple hasard compte tenu de ces disciples des Lumières en terre anatolienne.  

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Voyageurs d’un rêve bleu turquoise

Ce n’est pas par hasard si ces hommes et ces femmes se sont retrouvés sur un meme bateau, il y a plus de soixante ans, pour déclencher une croisière mythique, celle de ‘Mavi Yolculuk’, dans la Riviera turquoise.

Des ruines de mausolée d’Halicarnasse à celle du Temple d’Artémis d’Éphèse, ils suivaient les traces des peuples de l’Anatolie occidentale, de ces myriades de peuples ioniens, cariens, lyciens, romains, grecs et turcs.

Suivant les traces des civilisations perdues aux bords est de la mer Égée, sous la voix d’Homère, leur éminent maitre et compatriote, ils ont cherché à puiser leurs sources culturelles et artistiques dans l’héritage fécond de leur géographie.

C’est par cette voie qu’ils ont imaginé, écrit, traduit et ont peint. Ils ont fait de l’évolution humaniste de la jeune république un rêve possible. C’est comme ça que Bedri Rahmi a, par ces motifs, reprit des femmes et des enfants, des vieux jouant leur instrument, et surtout des poissons de toutes les tailles possibles. Il a ainsi recrée sans cesse ce lien presque existentiel entre la tradition orale de poésie, la villageoise et le mouvement.

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Les couleurs dans sa vie quotidienne, les couleurs dans ce qu’il raconte, Bedri Rahmi a su rendre un souffle vital à une terre ravagée par les douleurs, les traumatismes sanglants.

C’est dans la fermeté et la dignité de sa “villageoise anatolienne portant ses enfant sur le dos d’un âne” que nous retrouvons aujourd’hui le courage de tracer les chemins d’un avenir.  

Le Bellerive, Paris 19eme 

Cet article a, pour la première fois, été publié dans « Aujourd’hui la Turquie », unique journal francophone d’Istanbul.

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