“ Sous les yeux d’Aliyé ”

Des vastes champs de la plaine anatolienne, des maisons construites en une seule nuit dans les bidonvilles des grandes métropoles…

Devant ce fond aux couleurs mélancoliques, des femmes et des hommes qui restent debout. Des dizaines et des dizaines de femmes aux grands yeux noirs.

C’est la signature incontestable d’un maitre, Nuri Iyem.

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Et finalement c’est le récit d’un jeune pays naissant en plein milieu des carences, des difficultés, mais ambitieux et détérminé. C’est le récit de ses gens qui travaillent dur qu’ils soient  dans la campagne ou dans les banlieues.

Deux plans se confondent habilement dans ses oeuvres. Les visages et les paysages forment un tout pour pouvoir nous transmettre cette réalité ancrée dans la société.

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Né pendant la Première Guerre Mondiale, Nuri Iyem commence à l’école primaire dans une ville à l’est, à Mardin. Il y connait toute une autre réalité que les axes principaux de la capitale. En 1933, il intègre l’Académie des Beaux-Arts à Istanbul et il travaille avec les grands maitres de l’époque, Nazmi Ziya Güran et Hikmet Onat en passant par İbrahim Çallı et Leopold Levy.

En 1941, il s’intègre dans le courant de réalisme social avec plusieurs de ses amis et ils créent le ‘Yeniler’ au même moment qu’il fonde le tout premier atelier privé d’enseignement des beaux-arts d’Istanbul.

A l’âge de sept ans seulement, il avait perdu sa soeur aînée, Aliyé dont il avait gardé un souvenir très profond et vivace. Cette perte le marque pour tout le long de son oeuvre. Très tôt, il consacre une attention particulière aux portraits de femmes qui deviendront sa signature par excellence. Il reprend les yeux de sa soeur pour la transmettre au visage des femmes de son pays.

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Sous la plume d’Ahmet Hamdi Tanpınar, grand romancier et professeur d’Iyem à l’Académie, ces visages trouvaient leurs mots: « Solide comme une statue en marbre, élégant comme la lumière verte de clair de lune, simple comme les icones et les fresques d’antan qui portent en eux l’air du temps passé… »

Dans cet oeuvre de plus de deux mille six cent tableaux, un témoignage et une sorte de romantisme s’entremelent. Dans ces visages, on témoigne un des phénomènes fondateurs de la Turquie contemporaine, la migration de la province vers les métropoles. On y découvre la province avec ses champs, ses vendanges. Ses familles retrouvées à l’intérieur des maisons, ses couples qui travaillent, qui s’aiment s’y trouvent tous un visage.

C’est tout simplement le récit d’une société, « solide, élégante et simple ». Le récit qui nous rappelle d’où venait la Turquie et de ce qu’elle fut.

Aujourd’hui, c’est notre choix qui va, une fois pour toute, décider de sa sort, de ce qu’elle deviendra.

Sous les yeux d’Aliyé.

Le Bellerive, Paris 19eme 

 

Cet article a, pour la première fois, été publié par Ali Türek, dans « Aujourd’hui la Turquie », unique journal francophone d’Istanbul.

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